Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 17:45

Je m’aperçois autour de moi, dans ma famille et celles de mes amis proches, de l’existence de documents importants relatifs à la Grande Guerre de 1914-1918. En effet, il existe dans ces familles, un certain nombre de pièces qui intéressent l’histoire : lettres, carnets, journaux intimes (personnels), récits voire mémoires rédigés par des soldats, et surtout, des livrets militaires accompagnés de papiers divers. Ces derniers documents, les livrets militaires apparaissent à l’historien  comme de véritables boîtes noires (des avions), susceptibles de décrire, de préciser, le parcours militaire du combattant de la guerre entre août 1914 et sa démobilisation, ou son décès.

N’est-ce pas le moment venu de se préoccuper de ce trésor d’expériences accumulées par nos ancêtres et de tenter  d’envisager les contours de leur engagement militaire dans cette guerre, en se fondant sur ces documents qu’ils nous ont laissé. Disons les « contours » car toutes ces pièces d’identité et ces documents intimes ne nous permettront  guère de suivre au jour le jour ces mois, ces années, de souffrance, de marche et de contre-marche, dans les tranchées ou à bord des navires de la Royale (cuirassés, croiseurs, torpilleurs). Sur les bords de la Marne, au chemin des Dames, à Verdun, ou aux Dardanelles. Ces papiers conservés précieusement (parfois) peuvent être en revanche très utiles pour nous signaler la présence de nos cher disparus dans telle ou telle arme (infanterie, artillerie, marine de guerre, aviation), leurs blessures éventuelles, les hôpitaux visités et les dates de changement de corps (militaire) ainsi que celles des décès éventuels.

Nous pourrions, nous les vivants, profiter de cette année 2014 (année du centenaire) pour sensibiliser le public insulaire (Guadeloupe, Martinique et Guyane, voire Haïti qui a participé également à cette guerre) et organiser une enquête commune. Il s’agit surtout de réunir tous ces papiers (lettres et livrets en particulier) possédés par les familles, de les examiner (par des spécialistes) et de publier une liste de ces militaires mobilisés pendant la Grande Guerre, présents dans des batailles, sur terre et sur mer.

Je souhaiterais que cette enquête se fasse sous l’égide du magazine Antilla et de son directeur Henri PIED. On choisirait la forme qui serait la plus efficace pour atteindre et convaincre le public de s’intéresser à cette quête des documents. Les années passent et ces pièces d’archives sombrent progressivement dans l’oubli, quand elles ne disparaissent pas complètement, consumées par le feu, par les insectes ou par le temps. Si nous n’agissons pas très vite, en collectionnant ces documents, en les protégeant, en publiant les informations qu’ils renferment, nous ne saurons jamais rien de l’épopée de ces soldats dont nous sommes les descendants. Le grand-père (branche maternelle) de ma femme Inez, originaire de Vieux-Fort (Guadeloupe) a combattu à Verdun et aux Dardanelles,  selon ses propos confiés à ses petits enfants. L’homme, un agriculteur, parlait peu et n’a jamais raconté sa guerre autour de lui. Comme beaucoup de ces combattants des classes « 1894 à 1898 », des insulaires pêcheurs, agriculteurs, pour la plupart. Ils n’ont laissé que peu de traces, avant de nous quitter définitivement.

Ce serait l’occasion de les retrouver et de leur redonner les places qu’ils méritent, autour de nous.

 

ORUNO  D. LARA

CERCAM (CENTRE DE RECHERCHES CARAIBES-AMERIQUES)

14 avril 2014

Par ORUNO D. LARA - Histoire des Caraïbes
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Lundi 31 mars 2014 1 31 /03 /Mars /2014 21:24

IL Y A CENT ANS…

                                   LE 4 AVRIL 1914

 

 

ORUNO LARA, mon grand-père paternel, alors âgé de trente cinq ans –il était né le 30 janvier  1879- s’embarquait à bord d’un navire de la Compagnie Générale Transatlantique, à Pointe-à-Pitre, pour se rendre en France.

Partir c’est mourir un peu, dit-on. Oruno LARA le 4 avril 1914, quitte la Guadeloupe, son pays qu’il aime d’un amour passionné, incommensurable. Partir pour lui, c’est commencer à mourir. Il mettra dix ans à disparaître définitivement (le 24 février 1924). La guerre va l’y aider.

Pourquoi donc part-il ce 4 avril 1914 ?

La raison officielle de cet appareillage se révèle dans les colonnes du journal, deux mois auparavant.

Le journal Guadeloupe Littéraire avait annoncé la nouvelle en effet, par cet entrefilet, dans son numéro du 8 février 1914 : « M. Oruno LARA doit quitter la Guadeloupe le 4 avril prochain. Il se rendra à Paris où, aussitôt son arrivée, d’accord avec notre ami André BLANCAN et sous le patronage du Maître Léon HENNIQUE, il fera paraître un journal : Les Antilles Politiques et Littéraires, suite de Guadeloupe Littéraire.

L’imprimerie et le matériel de Guadeloupe Littéraire sont mis en vente.

Nos abonnés et nos lecteurs recevront le nouveau journal, hebdomadaire, plus grand, au même prix, plus apte à mener le bon combat pour nos Antilles littéraires, avec l’aide de nos amis de Paris.

La sympathie de nos compatriotes ne nous a jamais manqué et nous leur promettons en retour : du travail et de la persévérance. NDLD ».

Dans ce numéro de février 1914 de Guadeloupe Littéraire, on pouvait lire aussi l’information suivante :

« Les Antilles Politiques et Littéraires

Un Comité d’Administration s’est constitué à la Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, dans les intérêts du nouveau journal que M. Oruno LARA pense faire éditer à Paris.

Ce Comité est ainsi composé :

Président :

M. Raphaël BONNET, Industriel, vice-président de la Société Hippique de la Guadeloupe.

Vice- Président :

M. Camille TERRADE, commerçant ;

M. Saint-Just HULMAN, Entrepreneur.

Secrétaire – Trésorier :

M. Gabriel MICHINEAU, Pharmacien

Vice président du Sou des Dames de la Guadeloupe.

Secrétaire :

M. Max de LAUZAINGHEIN, comptable, officier d’Académie.

Membres :

M. Emile TARDIF, horloger- opticien ;

M. Arthur DÉSIR, industriel ;

M. René DEVAËD, commerçant ;

M. Ary BOURJAC, négociant consignataire.

Notaire du Comité :

M. René RUILLIER, notaire.

Procès- Verbal de composition :

Signataires : les mêmes personnalités.

M. Oruno LARA doit également créer des Comités d’Administration à la Martinique et à la Guyane ».

Un autre numéro de Guadeloupe Littéraire, celui du 15 février 1914, n° 5, 8e année, le dernier publié dans la colonie, publiait, sous la rubrique: « Comité de la Martinique », la notice suivante :

« Un Conseil d’Administration s’est constitué, à Fort-de-France, Martinique, dans les intérêts du nouveau journal que M. Oruno LARA pense faire éditer à Paris.

Ce Comité est ainsi composé :

Président : M. Théodore BAUDE, chef du service de l’Enregistrement.

Secrétaire-Trésorier : M. Eugène MAGALLON-GRAINEAU, avocat-avoué.

Membres : M. Louis ACHILLE, agrégé d’anglais, professeur au lycée Schœlcher de Fort-de-France.

M. André ALEXANDRE, Breveté Supérieur, Secrétaire du chef du service de l’Instruction Publique ».

On peut glaner ici et là, dans le journal la Guadeloupe Littéraire, quelques précieux renseignements qui nous aident à comprendre la suite des événements. Ainsi, le numéro 6 du 23 février 1913 donne le compte rendu d’un gala de la « Fraternelle Guadeloupéenne » à Paris.

La Fraternelle Guadeloupéenne. Association des originaires et amis de la Guadeloupe. Elle s’était dotée :

De Présidents d’honneur :

M. le Ministre des Colonies

M. le Gouverneur de la Guadeloupe

M. Léon HENNIQUE, président de l’Académie Goncourt

M. MORTENOL, capitaine de vaisseau

M. Henry BÉRENGER, Sénateur de la Guadeloupe

M. LÉGITIMUS, Député de la Guadeloupe

M. CANDACE, Député de la Guadeloupe

 

Et d’un Comité de direction comprenant :

Président : M. André BLANCAN, docteur en droit, ancien commissaire des Troupes coloniales.

Vice-président : M. Edmond CHATEL, négociant importateur.

Secrétaire général : M. OVA, magistrat colonial.

Secrétaire – adjoint : M. Guilhen COLONIAL

Trésorier : M. LABORDERIE ».

« La première matinée : Conférence de La Fraternelle Guadeloupéenne a eu lieu le samedi 1er février 1913. 549 personnes y assistaient ».

Oruno LARA aura l’occasion, pendant la guerre, de créer un journal qu’il nommera, peut-être en souvenir de ses compatriotes : La Fraternité. Notons que le président de l’association La Fraternelle Guadeloupéenne, André BLANCAN, - il a soutenu une thèse de doctorat en droit en juin 1904- sollicite depuis 1913 la venue d’Oruno LARA à Paris. 

Gratien CANDACE avait été élu pour la première fois aux élections législatives,  le 4 février 1912, battant GÉRAULT- RICHARD. Il sera réélu le 26 avril 1914 et le 30 novembre 1919. Les élections d’avril 1914 ont constitué un espoir sérieux pour H.-Adolphe LARA qui croyait en ses chances de devenir député et de partir pour Paris. Son épouse Louise DURAND, ex comtesse de LAVAL, ayant ses deux fils en France, ne songeait alors qu’à s’embarquer pour les rejoindre. L’échec aux élections d’H.-Adolphe LARA va précipiter la désunion du couple.

Un comité d’accueil attendait à Paris la venue d’Oruno LARA qui devait favoriser l’élargissement du groupement des Guadeloupéens en publiant un journal qui parlerait d’eux. MORTENOL lui-même, capitaine de vaisseau, avait écrit au publiciste pour lui dire le plaisir qu’il prenait de lire ses écrits.

Comment résister à tous ces appels ? Et comment partir ce 4 avril 1914 sans éprouver un déchirement, une douleur qui a du traverser l’espace et le temps, car il m’arrive d’en ressentir les brûlures.

Il est triste, pensif, quand il monte à bord du cargo-boat, Oruno LARA a le cœur serré, il laisse derrière lui sa femme – presque sa veuve – et deux enfants en bas-âge : Moïse 4 ans ½ et Renerville 2 ans ½. Agathe ne reverra plus son mari. Oruno ne reverra plus ses deux fils.

Oruno LARA sait qu’il risque son existence en quittant sa femme et ses deux enfants  pour fonder son journal. Il vise haut et il vise large. Un journal à Paris ! Un journal qui parlerait des Antilles ! Les Antilles au sens large, comme l’entendait son frère H.-Adolphe LARA, et ses amis de Puerto Rico ou de Cuba, ceux qui envisageaient une confédération ! Un ensemble d’îles gravitant autour de Haïti et de Cuba. Pour l’instant il en est là ! Le journal qu’il veut créer à Paris ne doit traiter que des Antilles. Les Antilles politiques et littéraires. Au littéraire, il ajoute le politique. Les Antilles ainsi conçues s’étendent des îles au continent et annoncent les découvertes de son petit-fils dans le domaine d’une identité spatio-temporelle de la zone. La guerre renforcera, élargira ses rêves. Les Antilles s’estomperont dans les tranchées pour devenir un vaste ensemble colonisé. Immédiatement après l’armistice, après une évocation rapide de sa Guadeloupe natale avec ce titre  La Petite Patrie, c’est finalement le journal  Le Monde Colonial  qui triomphe en 1921. Un monde colonial qui rassemble les populations colonisées des territoires qui a participé à la Grande Guerre comprenant les colonies africaines (du Nord et du Sud) et malgaches, l’Indochine, les colonies européennes ainsi que des États des Amériques comme Haïti, Panama ou le Costa Rica.   

 

Derrière une explication consacrée  qui associe son départ à l’espoir de poursuivre à Paris la publication de son journal (Guadeloupe Littéraire), il y a bien palpable, l’amertume d’Oruno LARA, sa tristesse, sa désolation…Comment peut-il imaginer : quitter son pays, sa femme, ses deux enfants, ses parents et amis, ses habitudes, ses traditions, sa culture au sens anthropologique, qu’il vit intensément et auxquels il tient tant ! Ce départ laisse Oruno LARA miné par le chagrin, désemparé, en proie au doute, au désespoir…Partir ? Il a du finalement s’y résoudre, la mort dans l’âme, après avoir épuisé toutes les autres possibilités de travail dans son archipel.

Plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte et nous incitent à ouvrir et à approfondir le dossier de ce départ du 4 avril 1914.

Oruno LARA a suivi une formation d’ouvrier typographe spécialisé dans l’imprimerie des journaux – il débute en 1897 dans celle du journal Le Courrier de la Guadeloupe. Il acquiert de l’expérience et se lance dans une carrière de journaliste et d’écrivain. Un recueil de ses poèmes publié dans une Anthologie des Poètes en 1901 est couronné par l’Académie de Rouen. Il collabore à plusieurs journaux, comme La Vérité, La Démocratie, La Petite République et le quotidien Le Nouvelliste. Les trois derniers journaux cités appartiennent à son grand frère H.-Adolphe LARA. Ce dernier a fondé, à, peine âgé de dix-sept ans, en 1893, un journal littéraire Le Réveil, qu’il a soin de placer sous le patronage du maître Émile ZOLA.

Le problème qu’affronte Oruno LARA est d’un domaine dans lequel se côtoient culture et politique : « Tous les établissements d’imprimerie à la Guadeloupe ont été installés dans un but nettement politique, et font des publications dans ce sens. De sorte que, tout en les ayant au choix, on ne saurait pouvoir tenter un geste littéraire, sans être aussitôt classé, d’une manière plus ou moins douteuse et malveillante, comme partageant les opinions, la tendance de l’établissement ou de l’organe où votre publication a eu lieu. Ceci est un véritable inconvénient… ».

Son frère H.-Adolphe LARA, directeur-fondateur de journaux dont le quotidien Le Nouvelliste, est également un des ténors du Parti Socialiste de la Guadeloupe. Or Oruno LARA, pour bien des raisons, se méfie du politique, en Guadeloupe, une colonie française, où les passions ébranlent les campagnes électorales. Il perçoit avant beaucoup de penseurs insulaires, l’importance de la culture, de la littérature et de l’histoire. Il cherche à se former, à comprendre la Guadeloupe et son voisinage, à informer ses compatriotes, plutôt qu’à les pousser vers une direction politique décidée de l’extérieur.

Comment se faire entendre en Guadeloupe, quand on veut ne parler que de culture et qu’on refuse de se laisser impressionner par les vociférations du politique ! Un denier frère F. Augereau LARA s’engage lui aussi dans l’arène du journalisme politique en fondant Justice, L’Action en 1919 et L’Homme Enchaîné. Les deux frères LARA, H.- Adolphe et F. Augereau, ont maille à partir avec les autorités coloniales, les gouverneurs en particulier. Le dernier frère F. Augereau LARA, ira croupir en prison en 1940 aux Saintes, au Fort Napoléon, puis en Guyane, à l’île du Diable.

Oruno LARA ne veut pas faire de politique dans une colonie où, il le sait, tous les dés sont pipés. En revanche il n’hésitera pas à créer un journal à Paris qui portera le titre suivant : Les Antilles Politiques et Littéraires. Pour peu de temps certes. Sitôt la guerre terminée, il va fonder La Petite Patrie, en songeant à la Guadeloupe. Puis, il transformera le titre qui devient : Le Monde Colonial. Dans ce journal Oruno LARA imposera sa vision profonde et large du champ culturel où s’associent politique et littérature.

Ceci dit, nous devons essayer d’approfondir le dossier de ce départ. Pourquoi Oruno LARA quitte-t-il la Guadeloupe le 4 avril 1914 ? Nous savons qu’il ne reviendra jamais plus dans son pays.

 

Le mariage d’Oruno LARA et d’Agathe RÉACHE s’effectue sous l’égide du journalisme et de la littérature. Le journal Guadeloupe Littéraire publie des poèmes des deux poètes, et les nouvelles –de véritables poèmes en prose- de Florelle LANDRY mariée à Maxence RÉACHE, le frère d’Agathe.

Oruno, Rosny LARA a épousé le 26 décembre 1908, à Sainte-Anne, Agathe RÉACHE, institutrice, une jeune nièce de Gaston GERVILLE-RÉACHE qui vient de mourir le 30 mai 1908. Agathe, Berthe, Jeanne, Renervillia RÉACHE née le dix avril 1884 à Sainte Anne était la fille de Honoré, Renerville, Raymond RÉACHE et  de son épouse Marie, Élisabeth, Camille, Louise DANDIN.

Auparavant,  le 23 décembre 1908, un contrat de mariage avait été signé par Oruno LARA et Melle Agathe RÉACHE, devant les notaires Me Gabriel CAMPRASSE et Me Élie CAMPRASSE (ce sont les notaires des RÉACHE), à Pointe-à-Pitre, chez Mme Veuve RUILLIER. Ce contrat stipulait dans son Article premier la « séparation de biens entre les futurs époux. En conséquence…la future épouse aura l’entière administration de ses biens meubles et immeubles et la jouissance libre de ses revenus ».L’Article II précisait qu’Agathe possède un piano, son trousseau, ses bijoux « et une somme de trois milles francs en espèces…le future époux…en demeurera chargé par le seul fait de la célébration du mariage. Soit un montant total de 5500 francs ». Quant au futur époux ses biens consistaient « en une imprimerie d’une valeur de trois milles francs ». Parmi les signataires du contrat de mariage figuraient la mère de la future épouse Mme Veuve R. RÉACHE et une amie de Sainte Anne, Amélie DATIL.

 Comment expliquer l’absence à son mariage de son frère H.- Adolphe LARA, auquel il est tant attaché ? Pourquoi F. Augereau LARA et sa sœur Néolie ne sont-ils pas à la cérémonie, alors que s’y trouvent Moïse-Sully LARA et Maxence RÉACHE, le frère de la mariée ? L’appartenance d’Agathe au clan des RÉACHE qui venait de perdre un de ses membres le plus illustre : le député Gaston GERVILLE-RÉACHE, mort en France le 30 mai 1908, a-t-elle fait fuir certains politiciens de l’opposition ?

Ma grand-mère m’a souvent parlé de Gaston GERVILLE-RÉACHE qui la prenait, enfant sur ses genoux, quand il était de passage en Guadeloupe, pour se faire réélire. Ses yeux et son visage, me disait-elle, étaient ceux de son petit-fils préféré.

Son mariage, la naissance de ses deux enfants, en 1909 et en 1911, ne lui laissent guère le choix. Sa vie de bohème est terminée. Il doit absolument trouver un travail qui lui permette de nourrir sa famille. Son épouse, institutrice à Sainte Anne, a sa mère à charge. Le contrat de mariage stipulait le partage des patrimoines. Pour toute fortune, Oruno LARA n’a que son matériel d’imprimerie valant 3000fr. acquis depuis son enfance d’ouvrier typographe.

Avec l’appui de son frère H.-Adolphe LARA, membre du Conseil général de la Guadeloupe, Oruno LARA est recruté en 1912 comme conservateur du Musée Schœlcher.

Oruno LARA entre au Musée Schœlcher en avril 1912 et se met aussitôt au travail nous dit-il.  Il ouvre également un Livre d’Or pour le Musée. Le journal Le Nouvelliste envoie un de ses rédacteurs effectuer une visite au Musée Schœlcher en 1913 et interviewer le nouveau conservateur:

« Le Musée Schœlcher, nous dit M. Oruno LARA, en pénétrant avec nous dans l’édifice, date de 1884. L’inauguration du Musée Schœlcher a eu lieu exactement le 21 juillet 1887. C’est le jour anniversaire de la naissance de Victor SCHŒLCHER. Le 21 juillet prochain (1913)    , notre Musée d’Art, à partir de son inauguration, aura donc vingt-six années d’ouverture.

Le gouverneur de la Guadeloupe, qui était alors M. Le BOUCHER, avait voulu que la cérémonie fût grandiose et belle. Il s’était rendu à la Pointe-à-Pitre exprès pour la présider. La ville de la Pointe-à-Pitre était pavoisée. La population était en liesse. Accompagné du directeur de l’Intérieur, du commandant d’artillerie, du chef du secrétariat, du lieutenant d’Etat-major, le chef de la colonie se rendit, à quatre heures de l’après-midi, au  beau monument où il fut reçu par le maire de la Pointe-à-Pitre, M. Armand HANNE. Des discours furent prononcés par M. Armand HANNE, M. Y.F. GUILLOD, membre de la commission de surveillance du Musée, et par M. Le BOUCHER. Le soir de ce jour, illumination et fête par toute la ville.

 

 La Société Régionale Guadeloupéenne créera le Musée et la Bibliothèque de la Guadeloupe.

Oui, il y a la Société Régionale Guadeloupéenne dont le but est la création d’un Musée de la Guadeloupe. En octobre 1911, d’accord avec mon ami M. Léon BELMONT, homme de lettres, officier d’académie, je fondai une Association Littéraire et Artistique avec un programme nettement régionaliste. Vous connaissez le caractère de toutes les Sociétés de régions ? La nôtre, en plus de la propagande littéraire et artistique, doit créer un Musée de la Guadeloupe et dans ce Musée annexé au Musée Schœlcher, une bibliothèque de la Guadeloupe.

Le Musée de la Guadeloupe doit être constitué par des bustes, des plâtres, des portraits, des photographies, des autographes, des tableaux, des souvenirs de toutes sortes des Guadeloupéens et des amis de la Guadeloupe.

La bibliothèque de la Guadeloupe doit comprendre d’une part, toutes les œuvres des Guadeloupéens, et, d’autre part, tous les ouvrages concernant et intéressant la Guadeloupe.

-          Et qu’avez-vous obtenu depuis votre création ?

Nous avons entrepris une œuvre considérable, et nous nous sommes adressés à l’administration locale et à nos amis de Paris. Notre tentative a reçu bon accueil de certains de nos plus distingués compatriotes. Déjà j’ai pu, comme vous le voyez, commencer la composition de la bibliothèque de la Guadeloupe, en y affectant une partie des vitrines de cette salle de sculpture. M. Léon HENNIQUE, président de l’Académie Goncourt, nous a envoyé ses œuvres, également M. Auguste Le DENTU, membre de l’Académie de médecine, M. Emile VAUCHELET, M. MERMEIX, Mlle Nicolette HENNIQUE, M. Charles TREBOS, M. MONNEROT-DUMAINE, tous des compatriotes de la petite île.

J’ai pu trouver moi-même certaines œuvres, que j’achète, comme cette Histoire de Notre-Dame de Guadeloupe, un ouvrage très rare, d’autres sont aussi offertes gracieusement. Notre Bibliothèque s’enrichit chaque jour. Elle contient déjà une cinquantaine de volumes.

-          Et votre Musée ?

De même le Musée de la Guadeloupe a des éléments. Un de nos amis de Paris, M. André BLANCAN, président de la Fraternelle Guadeloupéenne, très gracieusement, nous a fait don d’une série de tableaux de deux peintres guadeloupéens, Couder et Lethière. Voici ces travaux admirables et tout encadrés, prêts à être mis en place. Il y a de Lethière, La mort de Virginie, Joséphine, impératrice des Français, Brutus condamnant ses fils à mort, etc., et de Couder, Le serment du Jeu de Paume, Mirabeau, etc., en tout onze tableaux d’une valeur de deux cent quarante francs. Comme portraits et photographies, nous avons André BLANCAN, Armand BARBES, Léon HENNIQUE, Auguste Le DENTU, etc., etc. C’est peu, mais nous continuons nos efforts. M. le docteur PAIN, tout dernièrement, par l’entremise de MM. Le docteur NOEL et Adolphe LARA, nous a fait l’envoi d’un tableau remarquable que voici, la Dernière Heure de Victor Schœlcher.

-          Mais l’administration…

L’Administration nous a promis son concours, et vous savez que, promettre et donner, sont deux. Cependant notre nouveau gouverneur, M. Emile MERWART, au cours d’une visite au Musée Schœlcher, s’est aussitôt intéressé à notre œuvre. Il m’a promis d’ériger dans le jardin un pavillon pour le Musée de la Guadeloupe. Ce serait le succès de l’œuvre…

En effet, M. MERWART est un amateur d’art, frère d’un peintre de grand talent, décédé, hélas ! N’a-t-il pas créé quelque chose de semblable à Cayenne ?

Oui. M. le gouverneur a créé à Cayenne une œuvre semblable à la nôtre. C’est pourquoi j’ai confiance. Il m’a dit d’ailleurs textuellement : « Croyez que vous avez avec vous le gouverneur de la Guadeloupe ». Et j’en ai été très heureux.

L’œuvre de M. Oruno LARA au Musée Schœlcher.

-          Mais vous avez, je crois, fait quelque chose ici ?

Quand je suis entré au Musée Schœlcher en 1912, j’avoue n’avoir pas trouvé notre Musée d’art dans un état meilleur. Les jardins étaient envahis par les herbes. La terre couvrait les allées. C’était comme un grand abandon. Jusqu’à la serrure de la grille qui ne marchait pas. Le plus souvent on se contentait de tirer simplement la porte. A l’intérieur, c’était la même chose. J’exigeai un inventaire. L’Administration ne s’en occupa même pas. Il me fallait cependant des documents pour cataloguer les œuvres d’art contenues dans le Musée et aucun catalogue n’existait…

-          Aucun catalogue n’existait ?...

Au moins, je n’en pus trouver aucun. Très aimablement, d’ailleurs, M. le Président de la Chambre de Commerce mit à ma disposition des feuilles portant « un inventaire », mais ces feuilles sans signature ne créaient aucune responsabilité. Je me mis à l’œuvre. Tout le mois de mai 1912, je travaillai, je classai les œuvres d’art, faisant un inventaire minutieux, et j’établis ainsi un catalogue, en triple exemplaire, signé de M. le Président de la Chambre de Commerce et de moi. Il existe donc maintenant une documentation officielle et une responsabilité. J’ai créé l’une et l’autre.

J’ai ouvert également un Livre d’Or pour le Musée Schœlcher. Tous les visiteurs de marque écrivent quelque chose et mettent leur signature. Si cela avait été fait depuis vingt-quatre ans, voyez-vous la belle série d’autographes que nous aurions eus ? Ce Livre d’Or appartient au Musée, je lui en ai fait don.

J’ouvre tous les jours, ce qui est contraire au règlement. Selon une disposition administrative datant de 1906, le Musée Schœlcher est ouvert au public le mardi et le vendredi de chaque semaine. Cette disposition fut admise par M. le gouverneur PEUVERGNE. Mais je constatai bien vite qu’on venait tous les jours visiter le Musée, et j’ouvris, j’ouvre tous les jours. Le Livre d’Or en témoigne. M. le gouverneur MERWART à ce propos me disait dernièrement qu’il pourrait suffire d’ouvrir l’après-midi. Je persiste à être plus royaliste que le roi…

L’Administration du Musée Schœlcher.

-          Et avec cela quel est le système d’administration du Musée que vous conservez avec un tel dévouement ?

Instauré en 1887, le Musée Schœlcher fut placé sous la surveillance d’une Commission. Je vous ai dit hier que M. GUILLOD en faisait partie. Cette commission n’existe plus. Il y a vingt ans, en 1893, le Musée Schœlcher avait comme administration :

Un conservateur (solde)………………        2.328  fr.

Un concierge………………………….            985 fr.

Entretien………………………………            500 fr.

Total……………………………       3.813 fr.

C’était l’époque des vaches grasses…

Oui les vaches ont maigri… En 1896, elles sont encore très agréables cependant :

Un conservateur (solde)………………        1.970 fr.

Un concierge………………………….        1.300 fr.

Entretien………………………………           500 fr.

            Total……………………………       3.770 fr.

-          Mais les vaches grasses ont duré, semble-t-il, plus que la période biblique ?

Plus que sept ans ! Car en 1903, nous avons :

Un conservateur……………………….       1.500 fr.

Un concierge…………………………..       1.300 fr.

Entretien……………………………….          500 fr.

            Total…………………………….      3.300 fr.

-          Et maintenant ?

Maintenant, nous avons un conservateur, 1.200 fr.

-          Et après ?...

-          Et après ?... C’est tout.

-          Mais la concierge ?

-          Elle est payée par le conservateur sur ses appointements.

-          Votre commis aussi ?

-          Mon commis aussi, et ce collaborateur m’est indispensable, car ouvrant tous les jours, je puis être absent un instant.

-          Tout au moins, l’entretien…

-          L’entretien est encore à la charge du conservateur…

-          C’est extraordinaire !

-          Il en est ainsi cependant. La Chambre de Commerce installée à l’étage pourvoit comme elle peut aux besoins de la salle qu’elle occupe, mais ses ressources sont modestes. Ici, en bas, la Société Régionale Guadeloupéenne tient ses séances. Je suis très satisfait de la sympathie de tous ceux indistinctement qui visitent le Musée. Vous n’avez qu’à feuilleter le Livre d’Or, vous verrez. J’ai confiance dans l’avenir de notre œuvre artistique. »[1]

 

Émile MERWART gouverneur de 2e classe, nommé le 20 février 1913, était entré en fonctions le 14 avril 1913. Après avoir commémoré le 21 juillet 1913 la date d’anniversaire de la naissance de Victor SCHŒLCHER au Musée qui porte son nom, au côté du conservateur Oruno LARA, avait du quitter la colonie. Le secrétaire général, LAURET (Jules-Gérard-Auguste), était nommé le 12 juin 1914, gouverneur par intérim, jusqu’au retour de MERWART, qui revint à son poste le 25 juillet 1914. Oruno LARA quitte son poste de conservateur du Musé Schœlcher vraisemblablement à la fin de l’année 1913. Le gouverneur MERWART ayant d’autres préoccupations en tête n’avait pas tenu ses promesses et la situation financière du Musée ne lui permettait pas de continuer à payer un conservateur, une fois effectuée un travail de base d’inventaire et  de rangement.

Il y a cent ans, le 4 avril 1914, Oruno LARA, mon grand-père, quittait la Guadeloupe pour se rendre en France, à Paris. La mort dans l’âme, il s’embarqua à Pointe-à-Pitre. Il venait d’avoir trente-cinq ans. Sans travail fixe, il comptait sur quelques personnes qui lui faisaient miroiter….

Il ignorait alors que l’engrenage de la guerre s’apprêtait à broyer ses espoirs. Les bruits de bottes, la mobilisation générale, la déclaration de guerre précipitaient les illusions aux oubliettes. Oruno LARA, malgré les conseils de Maxence REACHE, son beau-frère, malgré ses 35 ans, malgré ses espérances, court s’engager. Pourquoi une telle décision ?

Comment expliquer son départ ?

1). Il n’a pas d’emploi fixe.

2). Il est persuadé que des forces malignes œuvrent contre lui.

3). Il veut poursuivre à Paris, la publication de Guadeloupe Littéraire qui avait débuté en 1907 en Guadeloupe.

4). Il rêve de créer un journal à Paris.

5). Il veut gagner de l’argent, beaucoup d’argent pour s’acheter une propriété en Guadeloupe.

6). Il veut répondre aux sollicitations de plusieurs personnalités du monde des lettres ou des associations qui lui demandent de venir à Paris.

7). Il veut écrire un livre d’histoire et disposer des sources françaises pour le rédiger.

8). Il cherche à s’évader de la prison coloniale qui l’étouffe.

Depuis plus de 50 ans, je me pose la question. Sans une réponse convaincante. Il débarque à Paris, plein d’espoir, pensant à son retour en 1915. On sait qu’il raisonne alors comme tous les migrants qui pensent : faire de l’argent et repartir vite. La guerre surprend l’homme qui sort des îles.

Ce départ du 4 avril 1914, j’y ai pensé souvent. Je me posais mille questions. Comment répondre ? Que de fois ai-je rêvé que je rencontrais mon grand-père et que nous en parlions, lui et moi, assis autour d’une table devant l’entrée de l’Arsenal de Venise.

 

 

Dans une lettre écrite à sa femme Agathe LARA RÉACHE, datée de Paris, le 19 juillet 1914, Oruno LARA lui parle de son journal Les Antilles Politiques et Littéraires. Il se confiait en ces termes : « Jusqu’ici les affaires du journal vont de mieux en mieux. Je ne me serais pas cru, chère Agathe, tant d’intelligence et tant de caractère. Si tu me vois à Paris, tu ne me reconnaîtrais pas. (…) J’espère que mon journal plaît. Je le fais le mieux que je puis. Je trouve ici beaucoup de sympathies, car je me donne beaucoup de peine. (…) Je pense tout de même faire de l’argent, beaucoup d’argent. Et c’est tout.

Je ne travaille rien que pour cela. La vie est trop dure. Je ne veux pas que mes enfants souffrent ce que j’ai souffert. Si je réussis, comme je l’espère, dans l’entreprise de mon journal. Ma pensée est d’acheter en 1915 une propriété près de Saint-Claude. Je viendrai faire un tour chez nous en décembre 1915. Je resterai trois mois. Il faut que j’apporte, non seulement ce qui doit servir à venir ici, mais le triple. Vois-tu quelle est ma pensée de travail et d’avenir. … Dans mon journal, tu trouveras tout le reflet de ma pensée. Lis-le bien. C’est toute mon âme qui y est».

Oruno LARA est le Rédacteur en Chef du journal Les Antilles Politiques et Littéraires

« Organe bimensuel illustré

Le plus grand Journal des Pays de l’Amérique française- Six, Huit, Dix pages de texte ».

Une carte postale fournit des indications sur :

AGENCE DES PUBLICITÉS ANTILLAISES

PARIS, 12 Rue Lagrange (Métro-Cité)

Renseignements. Nouvelles. Annonces. Réclames. Toutes insertions.

Publicité à Paris. Publicité aux Antilles

Guadeloupe, Martinique, Guyane, Haïti

Colonies Anglaises

Tous les pays  du Centre-Amérique

Représentation

 

Éditions et Impressions : Livres, Brochures, Thèses, Catalogues, Journaux, Affiches, etc.

M. Oruno LARA s’est assuré le Concours de

Maurice DORMANN(dont l’imprimerie est située) 6 Rue Saint-Mars, ÉTAMPES (Seine-et-Oise)

Oruno LARA a trouvé un domicile au 12 rue Lagrange, Paris. Cette adresse est donc aussi le siège de l’Agence de publicité qu’il a créée dès son arrivée dans la capitale.

 

Juillet 1914, Oruno LARA s’efforce de mettre sur pied une organisation lui permettant de publier son journal Les Antilles politiques et littéraires. Cinq ans plus tard en juillet 1919, démobilisé, le soldat Oruno LARA reprend ses rêves de journaliste. Il n’a plus ses illusions d’antan. Le monde colonial sort de la guerre avec ses tirailleurs africains, ses régiments de coloniaux, guadeloupéens, martiniquais, guyanais, réunionnais. Tous colonisés indigènes gravitant autour de la France. Il ne s’agit plus maintenant d’évoquer les Antilles, mais plutôt de parler du monde colonial, dans son ensemble.

Avril à Paris. Quel temps fait-il à Paris en cette fin de mois d’avril 1914 ? Du soleil. Un soleil de printemps. Oruno découvre la capitale en courant chez des amis : André BLANCAN, Léon HENNIQUE, TALBOOM, Max CLAINVILLE-BLONCOURT. Il se met immédiatement à l’ouvrage.  Il cherche un local et du matériel. Il veut aller vite car la conjoncture internationale le préoccupe. En juillet le 19, quand il écrit à Agathe, il a encore toutes ses illusions : le retour, l’achat d’une propriété à Saint-Claude, un séjour de 3 mois dans la colonie. A la fin du mois, c’est l’embrasement de l’Europe. Le 28 Juin l’assassinat de Sarajevo avait mis le mécanisme de la guerre en marche, une marche inexorable. Tous les journaux en parlent. Les bruits de botte s’intensifient.

Entre fin avril et fin juillet, trois mois au cours desquels Oruno LARA place toute son énergie à réaliser le programme prévu en Guadeloupe.

Maxence RÉACHE a embarqué à Pointe-à-Pitre, le 30 août 1911, au soir, sur le courrier qui le mène à Saint Thomas avec deux autres étudiants, Eustache LOUIS-SYLVESTRE et Émile DUVERGER. Ils prennent le courrier allemand qui les débarque au Havre. Maxence RÉACHE se destinait à des études portant sur les Travaux Publics. Un concours avait été ouvert à Paris et il s’était inscrit pour devenir conducteur des Travaux Publics. Jeune marié, avec la belle chabine Florelle LANDRY, Maxence partait concourir pour revenir en Guadeloupe et occuper un poste dans les T.P. Plus tard en 1929, c’est lui qui conseilla sa sœur Agathe et lui recommanda d’inscrire son fils Moïse LARA, bachelier ès-sciences (Henri IV) à l’École des T.P. de Paris. Moïse LARA en sortira en 1933, ingénieur des Travaux Publics et, de retour en Guadeloupe, il se mariera à Pointe-à-Pitre et sera le père de l’historien Oruno D. LARA.

  

Le 5 août, c’est la guerre, que faire ?

Maxence ne se précipite pas au bureau de recrutement pour s’engager. Il est en France depuis 1911,  et ne cède pas à la panique. La guerre, il s’en méfie. Tout le monde parle d’une guerre courte,  de quelques mois, jusqu’à Noël. Puis tout le monde rentre chez soi. Les officiers le pensent. JOFFRE lui-même avouera plus tard que c’était l’opinion générale. A Berlin ! Les soldats français se voient à Berlin, en un tour de main. Le feu ne tue pas ! Quant aux Allemands : Nach Paris ! Ils seront à Paris et passeront Noël chez eux ! Une guerre éclair des deux côtés. Que des vainqueurs ! Pas de vaincus !

La fleur au fusil pour certains. Pas pour d’autres qui se souviennent de la guerre de 1870 et des Prussiens.

Que pense Oruno ? Ses amis s’engagent : Max CLAINVILLE-BLONCOURT, Elie BLONCOURT…..

Malgré les pressions de son beau-frère, il sombre, il perd pied et décide de partir avec les autres et de participer à ce grand mouvement national. Comment expliquer son abandon et son départ vers l’armée à son âge ?

Pourquoi quelques jours plus tard, en août 1914, laisse-t-il tout en plan pour se précipiter dans un bureau de recrutement ? Que s’est-il passé ? Pourquoi la guerre l’emporte-t-elle sur le journal ?

Des explications fondées sur des documents tirés des papiers privés et des fonds d’archives permettront d’y voir clair. Un ouvrage est en cours de publication.

 

ORUNO D. LARA

CERCAM (CENTRE DE RECHERCHES CARAÏBES AMÉRIQUES)

 



[1] Le Nouvelliste du 15 mai 1913 « Nos interviews : une visite au Musée Schœlcher. M. Oruno LARA, conservateur du Musée Schœlcher, fait pour nos lecteurs un exposé monographique de notre Musée d’Art.

Par ORUNO D. LARA - Histoire des Caraïbes
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Jeudi 19 décembre 2013 4 19 /12 /Déc /2013 17:45

LA GUERRE DE 14-18

QUELQUES REMARQUES PRÉALABLES

AUX CÉLÉBRATIONS

 

par ORUNO D. LARA

 

Depuis quelques jours une commémoration se profile… On s’apprête en effet à célébrer en 2014, un centenaire, celui de la guerre 14. Avant de carillonner les célébrations et les solennités, de sortir les médailles et les drapeaux, d’astiquer les monuments et de multiplier les sonneries aux morts, quelques remarques préliminaires s’imposent...

Des questions en effet se posent.


N’est-ce pas l’occasion de réfléchir, non pas sur le temps qui passe mais sur la guerre elle-même. La Grande Guerre. Et d’abord la première : une première Guerre mondiale ?

Ce serait oublier la véritable première Guerre mondiale : celle de 1756-1763. La Guerre de Sept Ans. Une guerre sur mer et sur terre qui ébranla non seulement l’Europe et l’Asie, mais également L’Afrique, les Amériques et les Caraïbes. Elle se termine on le sait en 1763 par un échange mémorable : la Guadeloupe contre « les quelques arpents de neige » du Canada. Les victoires anglaises en Amérique du Nord et en Asie se conjuguent avec le triomphe sur mer de  la Royal Navy. La Grande Bretagne devient la première puissance mondiale jusqu’en 1929-1930.

Ceux qui veulent nous faire croire que les Anglais auraient pu échapper au conflit de 14, que c’était la France et l’Allemagne qui réglaient leurs comptes, ont tort. La première puissance visée, intéressée par la guerre, était la Grande-Bretagne. Rien ne pouvait se faire sans elle. L’Allemagne le savait bien, la France aussi.


Un siècle après, elle nous apparaît, la Guerre de 14, nimbée de mystères : une grandiose épopée sertie de mythes, de secrets, voire d’énigmes. Une histoire d’un conflit mondial peu connue du public.

Pourquoi ces difficultés incommensurables ?

Les causes, d’abord, de la Grande Guerre se formulent de manière multiple… Laquelle pèse plus que les autres ? Impossible de le savoir avec rigueur.

Étonnant n’est-ce-pas ! Surprenant ! Une guerre qui s’étend sur cinq années, une vaste tuerie qui emporte des millions d’hommes… Impossible de préciser une cause ou des responsabilités fondamentales !


Chaque historien spécialiste, seul ou à plusieurs, peut avancer toutes les explications qu’il souhaite ! Aucune étude définitive, aucune recherche, depuis cent ans, ne nous permet de comprendre les origines de la conflagration. 

Quand on évoque les origines de la Guerre de 14, comment peut-on croire un seul instant qu’elle aurait pu être causée par le double assassinat de Sarajevo ? Pourquoi accorder tant d’importance aux Balkans, à l’Autriche-Hongrie, à la Serbie et à la Russie ? Que penser des responsabilités de l’Angleterre, de la France, de la Hollande, de la Belgique et de l’Italie, ces puissances maritimes et coloniales qui se méfient tant des convoitises de l’empire allemand ?


La lecture des mémoires de Raymond POINCARÉ est édifiante : son récit voudrait accréditer une version des origines de la guerre qui s’efforce de ne pas laisser entrevoir des préparatifs concertés de ces puissances maritimes visant à se débarrasser des deux empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie). Le président de la République s’y prend maladroitement et sa prose cache mal certains faits qui ressortent. Les faits, on le sait, sont têtus.


Bref, lisez les mémoires des personnalités de l’époque, les documents offerts au public, les discours officiels, rien ne transpire : des causes masquées, escamotées, des liasses de documents qui demeurent encore inaccessibles aux chercheurs, des dossiers toujours non déclassifiés et des explications de spécialistes qui exaltent l’incohérence !…


Que s’est-il donc passé il y a cent ans ? Pourquoi tant de mystères ?

Le saura-t-on jamais ?

L’année 2014 va-t-elle ouvrir l’armoire de fer qui renferme les véritables causes et les responsabilités de la Grande Guerre ?


Passons à lastratégie pour ouvrir un débat qui surprendra j’en suis sûr les lecteurs. 

Un officier, en 1902, avait vendu la mèche : Émile MEYER (1851-1938), polytechnicien, avait publié un article intitulé « Comment on pouvait prévoir l’immobilisation des fronts » dans une revue suisse. Il démontrait que le choc de 6 millions d’hommes de part et d’autre de la frontière, sur des fronts qui s’étendraient de la Manche à la Suisse, entraînerait des « guerres d’immobilité » où l’on verrait les armées s’enterrer, clouées au sol. Très mal vu des autorités militaires, le capitaine MEYER avait été écarté puis réintégré comme lieutenant-colonel en 1908.


En août 1914, la guerre sera courte, assurent les chefs militaires qui s’imaginent à Paris ou à Berlin, après une campagne de trois ou quatre mois. Un an plus tard en 1915, quand la réalité d’une guerre longue se précisera à tous les belligérants, rien n’aura été prévu pour sortir de cette immobilité des tranchées qu’avait prophétisée MEYER. Après une courte séquence de mouvement, le conflit se fige sur un front de 600 km dans un cisaillement de tranchées et de boyaux. Le plan SCHLIEFFEN prévoyait l’entrée des Allemands en Belgique et l’invasion de la France au nord-est. Vingt cinq ans plus tard, HITLER trouve la solution au problème et l’attaque allemande de mai 1940 s’effectue par les troupes motorisées qui suivent l’itinéraire prévu par Von MANSTEIN et GUDERIAN. Tandis que l’armée française pénètre en Belgique avec l’accord tacite de l’aviation ennemie. C’est le fameux coup de faux, le triomphe de la guerre de mouvement qui provoque l’effondrement, la capture et la débâcle des troupes françaises qui misaient sur une guerre stagnante comme en 14.


Pourquoi donc les opérations de la guerre de 14 ne sont-elles connues que de quelques initiés triés sur le volet ?

A cause du mutisme du haut commandement visant surtout, de 1914 à 1916, à empêcher les autorités politiques d’interférer dans la direction militaire de la guerre. Joseph JOFFRE (1852-1932) dans son G.Q.G., ne veut aucun civil pour lui disputer son pouvoir de généralissime. Un pouvoir dont seul Ferdinand FOCH (1851-1929) bénéficiera pleinement en mars 1918 pour conduire les dernières offensives libératrices. En décembre 1914, sait-on que plus de 180 généraux ont été relevés, limogés de leur commandement ? Combien d’assauts en 1915 des généraux MANGIN, NIVELLE, MAZEL, MICHELER ? Et surtout combien de milliers de morts et de blessés ?


Une fois le conflit prévu comme on le présume, comment expliquer les carences qui s’accumulent en août-septembre 1914 ? Les retards dans la mobilisation du côté des États de l’Entente, l’absence de pièces d’artillerie lourde et la mauvaise organisation des Services de santé ? Combien de blessés meurent au front, oubliés dans des campements sommaires, sans avoir bénéficié de l’accueil des hôpitaux d’évacuation ?

Finalement, bien que personne n’ose le dire clairement - et surtout pas CLÉMENCEAU dans sa posture de jusqu’au-boutiste - la guerre prend fin non pas sur le champ de bataille, comme le pressentait MEYER, mais dans une Allemagne gangrénée par la révolution russe et les difficultés alimentaires. L’armée allemande n’a pas été battue. Les troupes fraîches débarquées des États-Unis montent au front. Les divisions nord-américaines sonnent la fin de ce face à face brutal qui oppose Allemands et Français, sans que les chefs Paul HINDENBURG ou Erich LUDENDORFF, JOFFRE et FOCH n’aient trouvé de solutions au massacre. Les mutineries françaises de mai-juin 1917, suivies d’une reprise en main par une répression impitoyable de Philippe PÉTAIN qui cherche lui aussi à avoir le « bâton » (de Maréchal), le « grignotage » de Verdun, et le désastre des Dardanelles constituent des séquences auréolées de mythes qu’il faut se garder de conclure sans des investigations approfondies.


Bref, tout reste à faire. Une célébration qui s’annonce certes douloureuse. Pour les militaires. Pour les civils. Et pour les historiens qui ont encore, dans le siècle à venir, bien du travail dans leurs ateliers.

ORUNO D. LARA

Samedi 7 décembre 2013    

 

 

Par ORUNO D. LARA - Histoire des Caraïbes
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Mercredi 6 novembre 2013 3 06 /11 /Nov /2013 19:08

 

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J’avais annoncé précédemment mon entreprise : résumer le gros Dossier SÉNÉCAL publié en décembre 2012. La brochure vient de sortir de presse et s’intitule :


                                                                 ORUNO D. LARA

 

 

LÉONARD SÉNÉCAL,

LE REBELLE ÉCARTELÉ.

LA GUADELOUPE AU XIXe SIÈCLE


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LÉONARD SÉNÉCAL habitait à Basse-Terre, rue du Sable. A son époque, cette rue avait l’aspect ci-contre et dans une de ces maisons résidait la famille SÉNÉCAL. Le magasin s’y trouvait, celui de sa mère et de sa sœur  également.

La brochure donne un résumé très succinct de l’affaire. Les lecteurs intéressés par la vie de ce personnage originaire de Guadeloupe devront  lire le Dossier complet dans l’édition du CERCAM de 2012 :

 


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  L'ouvrage d'Oruno D. LARA,  Guadeloupe: le Dossier SENECAL. Voyage aux sources de notre indépendance. Avec trois escales: Martinique, Guyane, Haïti, paru aux Editions du CERCAM en décembre 2012,  est toujours disponible auprès du CERCAM.

Le bon de commande figure sur ce blog.


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Par ORUNO D. LARA - Histoire des Caraïbes
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Dimanche 29 septembre 2013 7 29 /09 /Sep /2013 15:12

TRAITE NEGRIERE - HISTOIRE ET/OU LITTERATURE


A propos de la critique de Catherine Simon (Le Monde des Livres, 27/09/2013) au sujet du roman de Léonora Miano, La saison de l’ombre (Grasset, 2013).

Lettre adressée à Mme Catherine Simon (Le monde des livres


Nous avons tous lu, mes amis et moi, avec beaucoup d’intérêt, votre article « Léonora Miano. Ceux qui restent » (Le Monde des Livres du 27/09/2013). Je suis originaire de Guadeloupe, historien, et nous savons combien un tel sujet est rarement évoqué dans le journal. Votre entretien téléphonique avec Léonora Miano est une occasion inestimable de parler de la traite négrière. Vous donnez la parole à la littérature : à une romancière camerounaise française, qui a déjà évoqué ce sujet auparavant. Vous conviendrez avec moi qu’en France, la littérature a un statut ô combien privilégié !


Pourquoi ne pas chercher à écouter une (ou plusieurs) voix d’historien ?


De telles voix - d’historien(s) - vous diraient certes que la traite transatlantique a débuté au milieu du XVe siècle (vers 1450-1460) et non au XVIIe siècle. Avant 1492, les historiens comme Magalhaes Godinho parlent de Méditerranée atlantique pour circonscrire les navigations entre l’Afrique et la Méditerranée (Sicile, Venise).


Comment se souvient-on de cet arrachement ? Par l’histoire orale, répondent les historiens, et non « par la littérature ». Le clan Mulongo dont parle l’auteur n’est pas si imaginaire : il a existé un groupement au Zaïre nommé MU-NDONGO qui a donné dans la traite française Mondongue, qu’on retrouve en Guadeloupe.

Comme vous le savez, il est plus aisé de rêver, d’imaginer, de soliloquer et d’écrire, que de chercher à savoir et de rédiger un livre d’histoire. Cela demande une formation, des études, des investigations, des rencontres au niveau international, des années de réflexion. On n’est pas historien avant la cinquantaine. Alors qu’on peut écrire un livre, un essai, un roman à 18-20 ans. Face à la romancière, j’aimerais que vous puissiez écouter la voix d’un historien spécialiste de la question. Je pense à deux de mes amis africains, un Béninois et un Malien, tous les deux en grande difficulté actuellement.


J’ai eu moi-même la chance de travailler en Afrique, d’enseigner à l’université du Cameroun, à Yaoundé, et j’ai écouté - et beaucoup appris - des voix autorisées des initiés supérieurs. J’ai appris à connaître l’Afrique des confréries secrètes, des Ngangas, de l’initiation. J’ai mieux compris ainsi certains symboles énigmatiques tels que la Porte du Non Retour et l’arbre autour duquel les captifs tournaient avant d’être rassemblés dans des baracoons où ils étaient soumis à des pratiques magiques de domptage pour les préparer à affronter le Middle Passage, des « traitements mystico-religieux » (voir mon ouvrage De l’Oubli à l’Histoire. Espace et identités caraïbes. Guadeloupe, Guyane, Haïti, Martinique, Paris, Editions Maisonneuve et Larose, 1998). C’est en Afrique, avec ces initiés supérieurs, que j’ai compris toute la complexité de la filière de la traite partant des caravanes de l’intérieur vers ces traitements du littoral, le rôle des courtiers et des habitants des villages (de l’intérieur et de la côte), les révoltes en mer. Le rôle, également, de certains Africains embarqués avec les captifs pour les surveiller et dénoncer les projets éventuels de révolte. Ils faisaient l’aller et le retour à bord des vaisseaux négriers, dans la cale avec les captifs. Enfin, le comportement de la majorité des Africains « libérés » par les croiseurs anglais après l’abolition de la traite en 1807, qui, débarqués en Afrique (par exemple au Nigeria), ne reviennent pas dans leurs villages mais s’investissent dans le trafic négrier. Que dire enfin de ces révoltes en mer au large des côtes africaines, mettant en scène des captifs parvenus à se libérer, à regagner la côte à la nage et sauvés, penserait-on ? Non, les villageois s’en emparent et les remettent aux marchands européens qui attendent près de leurs navires (cf. mon article dans Diogène, n° spécial Routes et traces d’esclaves, UNESCO, 1997). Les Européens sont maîtres sur mer. Les Africains sont maîtres chez eux, sur le continent, jusqu’à la fin du XIXe siècle et la conquête grâce aux canons et à la mitrailleuse qui débute vers 1880.


Un problème à poser : pourquoi l’Afrique et les Africains ont-ils accepté de tels échanges inégaux pendant des siècles, des captifs contre des marchandises. Ils sont les seuls à pouvoir répondre et j’aimerais que des littéraires - et d’autres - entreprennent de réfléchir à cette question.


L’UNESCO, qui a beaucoup travaillé sur ce sujet (« La Route de l’Esclave »), subit actuellement le contrecoup de cette vision littéraire de la traite. Les autorités africaines ont entrepris de museler les historiens compétents comme mon ami IROKO, le Béninois dont je vous parlais précédemment. Ils lui interdisent de quitter le pays pour se rendre à des invitations de colloques internationaux où il pourrait témoigner de certaines réalités historiques. Il n’est pas le seul dans ce cas. Si ces recherches ne se poursuivent pas, nous risquons de laisser s’imposer sur les places publiques des aigrefins se posant en martyrs, visant des Réparations.


Bref, seule une connaissance scientifique de l’histoire - et de l’histoire orale - peut éclairer le débat. Je ne me risque pas à allonger cette note en vous disant combien l’histoire des Caraïbes est complexe et peu connue en France (voir mon ouvrage Space and History in the Caribbean, Princeton, Markus Wiener Publ., 2006). La presse ne peut pas se borner, en ce moment et sur un tel sujet, à évoquer des œuvres littéraires sans mentionner les travaux des historiens qui, nous le savons bien vous et moi, sont si peu écoutés.

L’histoire que nous construisons et que nous transmettons est passionnante et nous impose une formation scientifique qui n’existe pas en France. Avant de me lancer dans des recherches sur l’Afrique et sur l’espace des Caraïbes, j’ai entrepris des études de mathématiques qui me permettent de mieux poser les problèmes et de les résoudre avec une certaine distance. L’histoire impose un esprit critique. Il me fallait cette distance - au sens mathématique - car je suis moi-même descendant de ces captifs et des esclaves. Mon père et ma mère, et mes ancêtres, sont des Nègres - ceux qui ont survécu au Middle Passage - qui ont acquis les dimensions de l’espace des Caraïbes (l’Afrique est une de ces dimensions). Mes ancêtres, libérés en 1848, ont été des Nègres-marchandises. Ce sont donc, pour moi, des problèmes que je dois aborder avec un esprit critique et scientifique.


Une voix d’historien ? Je ne plaide pas pour la mienne. Je vous propose d’écouter par exemple une collègue, d’origine alsacienne, Madame Nelly Schmidt, historienne, docteur d’Etat, directrice de recherche au CNRS.

Nous tenons à disposition une liste de toutes les publications du Centre de Recherches Caraïbes-Amériques, CERCAM.


ORUNO D. LARA

28/09/2013

 

 

 

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